En décembre, ma fille et son conjoint ont mis au monde une belle petite fille. Un mois plus tard, mon mari et moi avons fait la route pour aller admirer le chef-d’œuvre mais aussi pour donner un coup de main. Quand on vient d’accoucher, la vie change et les nuits s’envolent. D’habitude, l’aide est bienvenue dans la nouvelle petite famille.

Après 5 heures de route, nous arrivons chez ma fille. Sitôt stationné devant le garage, le chien nous accueille avec une grande joie. C’est un Berger allemand femelle qui sort en courant de la cour arrière de la maison en jappant très fort. Le bolide de 75 livres se dirige vers nous à toute vapeur. Quand ça fait longtemps qu’il ne nous a pas vu, on se demande toujours s’il nous considère comme amis ou étrangers.

Et quand il est très très heureux de nous voir, le chien se lève sur ses pattes arrière et nous fait un gros câlin. Ça prend tout mon « petit change » pour rester en équilibre.

Ma petite-fille est très mignonne. Elle pleure souvent mais pas longtemps. Je peux la prendre dans mes bras mais comme je crains de l’échapper, je m’assois dans un fauteuil et peut ainsi la prendre en toute sécurité.

J’ai tenu l’enfant pendant de longs moments; j’y lui ai donné le biberon, fait de petits massages sur son ventre quand elle avait l’air inconfortable.  Je lui ai fait faire des rots et ça semblait aider.

J’ai eu beaucoup de temps pour regarder de près ma petite-fille. C’était de beaux moments.  Pendant que j’admirais ses petits doigts, ses petits orteils, tout le monde autour de moi s’affairait à des tâches : mon gendre effectuait des travaux de rénovation au sous-sol, ma fille passait l’aspirateur dans toute la maison. Elle cuisinait aussi des plats pour le souper et autres. Mon conjoint, lui, installait des petites étagères et des cadres dans la chambre de la petite. 

Avant d’arriver chez ma fille, je me demandais ce que j’allais bien pouvoir faire pour aider « le gang » J’étais la seule à ne rien faire (pas d’aspirateur à passer, de repas à concocter, de lavage à démarrer, ni de petits coins à récurer.  Promener le chien? C’est lui qui va me promener. Je me suis soudain sentie comme une grand-mère inutile. J‘ai eu le sentiment d’être…  un serpuarien. C’est triste de se sentir comme ça. Je me considère bien trop jeune pour être rangée avec les choses inutiles.

Je n’ai fait que tenir un bébé dans mes bras.

« Tu ne sers pas à rien maman. Si tu ne prenais pas ta petite-fille dans tes bras, je serais obligée de la tenir, ou dans les bras de son papa, car autrement elle pleure. Et c’est difficile de faire quoique ce soit avec une petite poussinette dans les bras. »

J’ai compris : mon rôle n’était pas très difficile à accomplir et paraissait presqu’inutile comparé aux tâches que chacun s’était donné. Au contraire, j’ai sauvé la journée grâce à mes talents de grand-mère expérimentée, à ma patience légendaire et à l’amour de la petite famille. Je leur ai permis d’accomplir les tâches nécessaires pour une bonne gestion du quotidien. Et en extra… je m’amuse à penser que les tremblements (intérieurs) du Parkinson ont rassuré le bébé, comme le roulement d’une voiture qui endort les enfants. Non, je suis encore utile dans la société, mais différemment. D’ailleurs, mes services ont été bien appréciés car je suis déjà en demande.

DIANE PATENAUDE